[Ils ont peint la Côte d’Opale #3] les couleurs, l’abstraction lyrique & la Côte d’Opale de Nicolas de Staël

Bien des artistes ont peint la beauté de la Côte d’Opale au fil des siècles. Aujourd’hui, je vous propose de partir à la rencontre d’une pointure de l’art moderne venue tout droit de Russie : Nicolas de Staël.

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Nicolas de Staël dans son atelier

Né en 1914 à St-Petersburg (qui répond au nom de Petrograd à l’époque) dans une famille militaire, sa famille est contrainte à l’exil suite à la Révolution Russe de 1917 et trouve refuge en Pologne en 1919. Nicolas de Staël est alors âgé d’à peine 5 ans et devient orphelin. C’est à l’âge de neuf ans qu’il est confié par sa marraine à une famille Sarde vivant à Bruxelles : les Fricero. Ces derniers l’inscrivent dans un collège où le jeune Nicolas se découvrira une passion pour la littérature française et les tragédies grecques ainsi que pour la peinture. À la sortie de ses études, Nicolas de Staël poussera les portes de l’école des Beaux-Arts de Bruxelles puis Paris et sera initié par la même occasion à la peinture abstraite.

Si l’artiste a une période abstraite de 1942 jusqu’au tout début des années 1950, de Staël va rapidement revenir à un style plus figuratif et son œuvre va se voir nourrie de ses nombreux voyages. De 1952 à 1955, en dépit de la reconnaissance et du succès grandissant de l’art abstrait, notre Nicolas se consacre avec cœur et acharnement à la peinture de paysages en renouant à la fois avec une certaine forme de figuration et un genre classique en histoire de l’Art.

« Je n’oppose pas la peinture abstraite à la peinture figurative. Une peinture devrait être à la fois abstraite et figurative. Abstraite en tant que mur, figurative en tant que représentation d’un espace ».
Nicolas de Staël, 1952.

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Calais, Nicolas de Staël, 1954, huile sur toile

Les quatre toiles peintes à l’huile que j’ai choisi de vous montrer sont Cap Blanc-Nez , Cap Gris-Nez, Calais et Plage de Calais. Ces œuvres sont toutes datées de la même année à savoir de l’été 1954, dernier été que connaîtra l’artiste et nous permettent de découvrir autrement nos côtes. De Staël simplifie les lignes, les formes et charge la couleur d’un impact visuel et émotionnel fort. Pour lui, la description fidèle du site ne compte que peu. L’espace, les éléments et la lumière sont les piliers de ces tableaux. L’apparente simplicité de Calais qui nous montre la jetée sous un ciel gris dépeint avec justesse les milliers de nuances qu’un ciel, dont le cœur balance entre beau et mauvais temps, annonciateur d’une pluie à venir, reflète sur l’eau et les bâtiments. Les couleurs choisies par de Staël sont à la fois froides, légères et puissantes par leur pouvoir évocateur.

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Plage de Calais, Nicolas de Staël, 1954, huile sur toile.

Au contraire, Plage de Calais nous montre un autre point de vue sur cette dernière à un autre moment. Le ciel est plus chargé, les nuages constitués par les traces de pinceau sur la toile semblent en mouvement, la mer encore paisible se teinte d’un azur tandis que le sable se pare d’un doré intense absorbant tous les rayons de lumière parvenant encore à percer un ciel de plus en plus dense. Une ligne verticale, celle d’un poteau rouge et blanc, vient rompre avec la composition horizontale du bateau et ajoute dynamisme et mouvement à l’œuvre, là où la construction entièrement horizontale de Calais nous confortait dans un sentiment de calme et d’attente.

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Cap Blanc-Nez, Nicolas de Staël, 1954, huile sur toile

Cap Blanc-Nez et Cap Gris-Nez reposent sur les mêmes principes. Les volumes sont simplifiés, la couleur tantôt s’empare de matière, d’épaisseur, tantôt de fluidité et de transparence, nous rend la richesse de nos paysages, le côté vallonné et abrupte de nos côtes ainsi que la richesse naturelle et verdoyante de la terre des deux caps.

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Cap Gris-Nez, Nicolas de Staël, 1954, huile sur toile

Notre plongée dans l’univers de Nicolas de Staël touche à sa fin. L’Oeuvre de de Staël est imprégnée de poésie et de lyrisme, à travers la matière et la couleur, son objectif n’a jamais été de révolutionner l’Histoire de l’Art mais bel et bien de s’exprimer, de s’émouvoir. Artiste dont la vie et la carrière peuvent se comparer à celle d’une étoile filante, sa plus grande force est d’avoir su allier figuratif et abstraction plutôt que des les opposer et de ne pas tomber dans ce que je nomme le piège de l’abstraction, à savoir s’éloigner de trop loin de la source première d’inspiration et en perdre l’essence même de toute œuvre, c’est-à-dire l’intention et l’émotion au profit d’un discours trop intellectualisé. Bien-sûr, ce dernier avis m’est tout personnel et n’engage que moi.

J’espère que ce troisième numéro de Ils ont peint la Côte d’Opale vous aura plu et surtout n’hésitez pas à me suggérer d’autres noms d’artistes que vous aimeriez voir ici ! Qui sera le prochain après Cooke et Tattegrain ?

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